(par Sébastien Duda)

Charles Saatchi, publicitaire reconnu et grand collectionneur d’art est devenu l’un des chefs de file de la promotion de l’Art Contemporain à travers la célèbre Saatchi Gallery basée à Londres. Une ambition reflétée aussi sur son site Saatchionline.com ou chacun a la possibilité de mettre en ligne ses œuvres sur une galerie virtuelle et ainsi tenter de se faire connaître. Saatchi affirme ici sa volonté de démocratiser la culture artistique en allant a l’encontre d’une certaine idée de l’art en tant que monopole d’une certaine minorité.

J’attends donc…  Debout entre ces deux mamies et une famille nombreuse. La file commence à avancer vers le guichet. Voilà, j’ai enfin ma place. Bienvenue à la « Saatchi Gallery… de Lille ». A peine l’entrée franchie que l’on entre dans une autre perception de ces questions bouillantes et quotidiennes qui hantent la politique actuelle aux quatre coins du globe.

Dans cette immense espace blanc de 3000 m² répartis sur trois étages, chaque oeuvre silencieuse parle tour à tour de liberté, de démocratie, de pauvreté, d’espoir ou de révolte, parfois avec ce décalage étonnant que l’art contemporain peut se permettre. On ère entre des bâtiments miniatures fait d’os a ronger pour chiens, une pièce de monnaie géante, un chameau empaillé dans une valise, un coeur de baleine grandeur nature… Je retrouve les vielles femmes de la file d’attente regardant, choquées mais épanouies, des représentations de prostituées afganes faites de produits quotidiens que l’on a plutôt l’habitude de jeter facilement (mouchoirs, canettes, etc.).

Les discrets coups de gueule politiques qui forment la base des oeuvres semblent alors mettre en évidence le rôle fondamental de l’art dans la voix des peuples. Je recroise la famille nombreuse dont les enfants courent entre des fauteuils roulants automatiques où gisent des représentations de dirigeants politiques séniles d’un réalisme surprenant. Un groupe de minettes lèvent les yeux au plafond pour voir une quinzaine de moulage de corps chinois pendus par les pieds, hurlant à la mort. Une petite blonde, la cinquantaine, habillée Gucci, sac Louis Vuitton, lit les yeux rivés sur la pancarte une fiction imaginant l’avenir du mur israelo-palestinien…

Vous allez me dire quelle différence avec une autre galerie d’art si ce n’est la diversité des gens qui s’y trouvent ? Et bien, ici, l’art, en plus d’être diversifié, est rendu abordable. En effet, a côté de chaque oeuvre, dont le sens peut paraître flou au premier abord, est expliqué le message que l’artiste a voulu transmettre: son ressenti politique, social, voire écologique. Pari réussi donc ! De plus, en distribuant des entrées gratuites dans les supermarchés les jours d’affluence, il fallait bien s’attendre à ce que tout le monde s’y presse. On y croise de tout, et tout le monde en ressort ravi, ébahi, choqué ou bouleversé, mais le principal c’est que tout le monde en ressort marqué.

Vous l’aurez compris: cette expo très enrichissante est à faire en famille, entre amis ou seul, mais à faire absolument. Que vous soyez initié ou non, petit ou grand (un parcours est même proposé pour les plus jeunes). Dépêchez -vous donc car l’expo fermera ses portes le 23 janvier !

Tri Postal
Avenue Willy Brandt
59 000 Lille
Accès : Métro Gare Lille Flandres.
A 2 min à pied de la gare Lille Flandres et Lille Europe

Renseignements
Tel : 03.20.14.47.60 (Accueil)
Tél : 03.20.49.52.81 (Direction de la Culture de la Ville de Lille)

Plus d’infos sur www.lille3000.eu