(par Reynier Cretté de Palluel Darcel)

 

 

 

 

 

 

Alexandre Lagoët est un ancien de St Luc qui a maintenant 34 ans et travail en freelance. Il fait en parallèle, une réflexion créative sur l’industrie qui subit des changements. Dans le sens où les publicitaires de sa génération travaillent de manière « old-school », et sont à la frontière de la génération digitale qu’est la notre. Car aujourd’hui une campagne ne doit plus se penser qu’en print, abris de bus ou autres ; il faut savoir y introduire le digital et l’intégrer sur la toile.

 

 

 

– Qu’est-ce qui t’as poussé à faire des études créatives à St Luc Tournai?

Pour être honnête avec toi, je dirais que c’est le hasard. Je pense que j’ai toujours eu cette fibre créative ; j’aimais la musique, la peinture, et tout ça, mais c’est vraiment le hasard. Un pote m’a invité au 1er Mai et j’ai eu un coup de cœur pour cette école à la tour de Merlin là. J’étais à la fac et mes études ne me plaisaient pas tant que ça, il fallait que je fasse autre chose tu vois. Donc j’ai vu ce que les pubs faisaient et ça m’a bien branché, de fil en aiguille j’y suis retourné et j’ai passé le concours d’entrée, c’était parti !

– Comment se sont passées ces études à St Luc justement?

Pour moi, ça était mes meilleures années. Même si je n’avais pas trop de tunes, donc c’était trois ans assez intenses où je devais travailler pour pouvoir payer mes études, mais la bonne ambiance de l’école rattrapait le tout. On avait cours la journée, je restais après les cours une ou deux heures pour bosser encore un peu, j’allais travailler, puis je faisais mes projets. C’est la motivation et le fait que je trouvais ça génial qui m’aidait à tenir. Et ce que j’aimais bien aussi à St Luc, c’est cette bonne balance entre amusement / humour belge et travail. En première, on n’avait pas le droit à la salle informatique aussi, c’était vraiment le début, on commençait à apprendre deux trois saveurs de la pub, et les caractéristiques d’une image. Le fait de ne pas avoir été en école secondaire m’a permit de bénéficier d’un œil frais par rapport aux autres, enfin en tout cas je l’ai pris comme ça.

– Et quelle sorte d’élève étais-tu ? Etais-tu le meilleur ?

Je n’étais pas le meilleur non, mais j’étais grave motivé et je pense que c’est le plus important, et cette règle vaut pour tout. Je ne dis pas qu’il ne faut pas s’amuser, mais il faut savoir bosser au bon moment et être passionné par ce que l’on fait, alors ça marche. Et même si j’ai fini premier au bout des trois ans, ça ne veut pas dire que c’est réussi, certains ont arrêtés la publicité après, d’autres ont ouverts leur agence, il n’y a pas de meilleures ou de moins bonnes carrières tu vois.

– Qu’est-ce que tu as fait juste après?

Après St Luc le choix c’était, rester sur Lille ou aller soit à Bruxelles soit à Paris. Et avec mon meilleur pote on est parti sur Paris, pour nous c’était clair et net, c’est là-bas que tout se passe. Au début on a galéré, mais c’était une ville excitante et on s’est fait des pures soirées. On a commencé notre stage ensemble chez DDB, et on a été assigné comme assistant sur deux teams différents. Au début tu fais des trucs chiants, des découpages de maquettes, tout ça, puis tu commences à apprendre le métier en cherchant des gars pour faire un team, en bossant le soir à l’agence, puis en choppant les briefs des séniors pour trouver des idées, et faire mieux qu’eux (haha). Et de fil en aiguille, tu deviens assistant junior avec un bureau, où tu fais de la vraie création. A cette époque, DDB s’occupait du budget Skoda, qui avait été racheté par Volkswagen. Mais c’était difficile d’avoir deux budgets automobiles pour une même boite, du coup une autre agence a été créée pour accueillir la marque Skoda, l’agence .V. . Je me suis proposé, et on a commencé à 6, pour devenir une agence de 70 personnes quand je suis parti. Et pendant 4 ans, j’ai vraiment appris mon métier, je travaillais avec des mecs qui avaient gagnés des prix pour Volkswagen à ne plus savoir qu’en faire. A un moment donné, j’ai eu envie que ça change et je suis parti sur Amsterdam, j’y suis toujours.

– Dans quelles agences gardes-tu les meilleurs souvenirs? Et des moins bons?

Les meilleurs souvenirs sont dans toutes les agences et les moins bons souvenirs sont dans toutes les agences, c’est ma réponse. Il y a des jours tu vas adorer et d’autres où tu vas détester. Le tout c’est de rester positif, le négatif ne t’apportera rien, parce que les gens se souviennent de ce que tu dégages. Par expérience, ils ne retiennent que le négatif tu vois. Je ne dis pas que tu ne peux pas être de mauvaise humeur, mais il faut essayer de voir les choses du bon côté.

– Tu as du travailler sur pas mal de marques, quelles sont pour toi celles qui te tiennent à cœur, ou pour qui tu as aimé travailler? Par exemple d’un point de vue écologique ou climat de travail ?

Le challenge c’est que c’est intéressant de travailler sur tout. Après c’est vrai que je me suis posé la question de l’éthique publicitaire dans mon boulot, même si elle était moins présente quand j’ai commencé. De nos jours on parle plus d’écologie, alors c’est sur que je préfèrerais mieux faire une campagne pour WWF qu’une campagne pour une bagnole. Mais tu n’as pas le choix de choisir les marques pour lesquelles tu veux travailler, par contre tu as le choix de faire de la pub ou non. Il faut t’attendre à travailler sur un produit que tu n’aimes pas, et quand tu le vends, d’essayer de trouver quelque chose de créatif. Il y a des trucs qui me branchent plus que d’autres c’est sur, mais c’est aussi bien de faire des choses intelligentes sur des sujets que l’on n’aime pas forcément.

– Qu’est-ce que tu fais quand t’es à cours d’idées?

Je stress (haha). Nan mais il faut se donner, essayer d’avoir un mal de crane des fois, pousser jusqu’à ses limites. Mais il faut aussi savoir s’arrêter, respirer et prendre l’air. Et c’est dur c’est vrai, parce qu’il y a des tas d’idées qui ont été faites depuis des années et des années, dur de ne pas se répéter et d’être novateur.

 

 

 

Ah Volkswagen, c’était une de mes « premières vraies affiches ». C’est une annonce à propos du « four motion », c’est les 4 roues qui sont motrices en fait, et c’est propre à la marque, le nom « four motion » appartient à Volkswagen. Voilà, le brief c’était de faire une campagne créative pour ce système, et bien sur on n’avait pas beaucoup d’argent donc on a du faire un peu de montage. Des fois tu as un gros budget, des fois non, et il est de moins en moins important au fil des années. Et là, l’idée c’est de dire que quand tu roules en Volkswagen four motion, c’est comme si tu avais l’impression d’être sur des rails, c’est tout. Quand tu regardes bien, ce sont des traces de pneus que tu vois, donc t’as les deux traces qui partent comme ça, et les traces horizontales qui forment les rails du chemin de fer, c’est aussi des traces de pneus. C’est une pub un peu abstraite, mais ce que j’aime bien ici, c’est le fait que se soit pur, un peu mono chromique et simple même si ce n’est pas vrai. L’idée c’est que ça reste dans l’esprit des gens, il y a un détail dans l’annonce qui fait que en four motion, je tiens la route quoi.

 

 

 

Il y a ce fantastique film sur Volkswagen, bon il y a des tas d’autres films qui sont fabuleux, mais celui là je l’apprécie vraiment. T’as ce film où c’est enneigé, y a personne sur les routes, c’est la tempête avec de la neige partout, et d’un coup tu vois deux phares au loin, je sais plus trop ce que ça dit, quelque chose comme « Avez-vous déjà réfléchit à comment le mec qui déblaie les routes se rend au travail ? Ba il va avec une Volkswagen ». Et j’aime bien, c’est brillant, c’est impeccable.

Volkswagen : Coccinelle / beetle : Le chasse-neige.

Pays : Etats-Unis

Année : 1964

Agence : DDB

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