(par Dominique Moreau)

Interview croisée figurant dans Luc magazine #1

OLIVIER DERMAUX / BENOÎT BODHUIN

PROPOS RECUEILLIS PAR DOMINIQUE MOREAU

Pour voir les travaux de Olivier Dermaux : voir http://olivier-mathieu.ultra-book.com

Pour voir les travaux de Benoît Bodhuin : http://www.benbenworld.com

À presque 36 ans, Olivier Dermaux travaille comme concepteur-rédacteur senior à l’agence de publicité Publicis-conseil de Paris. Les marques Orange, Renault, Stihl, la Fondation Nicolas Hulot ou encore Wonderbra comptent parmi les principales pour lesquelles il imagine des campagnes, avec son coéquipier directeur artistique, Mathieu Vinciguerra. Leurs créations sont régulièrement primées et récompensées par les jurys de la profession.

Benoit Bodhuin est graphiste et typographe. Il se revendique indépendant, non pas tant comme statut professionnel – il l’est, indépendant, établi à son propre compte – mais surtout comme un trait de personnalité. Et de la personnalité, il en a ! Âgé de 35 ans, ce designer graphique lillois est le fondateur du bureau de création benbenworld.  Sa ligne graphique à la rigueur mathématique et centrée sur le motif appelle pléthore d’adjectifs : colorée, abstraite, géométrique, ludique, architecturale, voire même psychédélique et, toujours, originale.

DM

Olivier, tu t’es inscrit après le bac à St Luc en section Publicité et toi, Benoit, en section graphisme alors que tu avais déjà 24 ans. Qu’est-ce qui a déterminé votre choix de vous lancer dans la création et de faire ces études ?

OD

J’ai toujours aimé la pub… Je me souviens que lorsque j’avais 5, 6 ans, je passais mes vacances chez mes grands-parents et nous regardions chaque soir le film à la télévision. Et après le film, vers 22h30, quand ma grand-mère s’approchait de la télé pour l’éteindre, je lui demandais toujours qu’elle attende et qu’elle n’éteigne qu’après la pub… C’était un prétexte pour profiter de quelques secondes de télé en plus… Et au fur et à mesure, j’ai commencé à aimer la pub : c’était souvent drôle, rythmé, parfois subversif… À l’époque, elle avait encore bonne presse et lorsque j’étais adolescent, avec mes parents nous commentions les bonnes et les mauvaises pubs. Je me souviens qu’ils avaient trouvé la signature de la Française Des Jeux « 100% des gens auront tenté leur chance » particulièrement maligne.

Il faut se rendre compte qu’en 1980-1990, le JT du 20:00 lui-même faisait la part belle à la pub. Je me souviens de la présentation du spot publicitaire réalisé par Jean-Paul Goude pour le parfum « Egoïste » de Chanel, c’était un événement digne de figurer dans le journal télé. C’est inimaginable aujourd’hui. À l’époque la consommation était sacralisée, et la pub, son porte-étendard, était adorée ! Plus tard, en me renseignant sur ce métier de publicitaire, ce que j’ai aimé aussi c’est que c’est à la jonction de l’art et du business. Ça me plaisait, et j’ai donc tout naturellement opté pour ces études.

BB

Bon, juste après le bac, j’ai d’abord fait un peu le con, des trucs d’ado (rires). Puis j’ai suivi les cours à la fac pendant trois ans en math, où j’ai fait un deug. Je crois que j’ai fait ce choix uniquement parce que j’avais des bonnes notes en mathématiques. Ça me plaisait moyennement et mes parents – elle prof de français, lui multi-métiers : éditeur, organisateur, etc. – qui voulaient me voir plus heureux et me savaient bricoleur, m’ont insidieusement poussé vers le design d’objet. J’ai alors rejoint l’ISD (Institut supérieur de design) de Valenciennes, durant une année. En fait, j’y ai surtout découvert que c’est sur les logiciels adobe que j’aimais bricoler. J’ai alors dévié vers le graphisme et je me suis inscrit à St Luc.

Cela dit, juste après le bac, j’ai rencontré une conseillère d’éducation à qui j’avais parlé de faire l’architecture. Elle me l’avait déconseillé (rires). J’ai donc tourné un moment autour des métiers de la création avant de me décider pour l’un d’eux.

DM

Très brièvement, comment qualifieriez-vous l’étudiant que vous avez été ?

OD

J’ai redoublé ma 1ère année, car je n’avais jamais dessiné de ma vie, et à l’époque le dessin avait une grande importance dans le cursus de St Luc. Au fur et à mesure des années, le dessin est devenu moins important, en faveur du « concept publicitaire » pur. Et ça me correspondait bien mieux… J’ai donc commencé dernier de classe en 1ère et j’ai fini dans les premiers en 3ème année… Je crois pouvoir dire que j’étais un élève passionné, mais très « brouillon » au début… Je me souviens aussi que certains étudiants me surnommaient « le gendarme », car la gendarmerie de Tournai m’avait donné le premier prix dans un concours d’affiche de lutte contre l’ecstasy… (rires)

BB

En première année à St Luc, je m’imaginais qu’être graphiste, c’était faire des pochettes de disque, des trucs hype, des trucs de jeunes, quoi ! Pourtant, mon jury de sortie était bien différent de ça, il se situait déjà dans ma ligne actuelle. Je me suis surtout concentré sur l’apprentissage du logiciel Illustrator à l’époque, plutôt que Photoshop. J’étais attiré par le langage informatique, vectoriel et je suppose que c’est parce que j’avais déjà le goût de la typographie. Je voulais travailler la forme.

DM

Que rêviez-vous de devenir, quand vous étiez petit (à part pour toi publicitaire, Olivier) ?

OD

J’ai voulu être pilote de chasse après avoir vu « Top Gun » ! Mais il fallait être bon en math, ce qui n’était pas vraiment mon cas… (rires)… Non, la pub m’a vraiment tout de suite intéressé. Je me souviens que, quand j’avais une douzaine d’années, un publicitaire était venu dans notre école lors d’une journée « orientation professionnelle ». Il avait fait la fameuse pub pour le chocolat, où l’on voit une poire recevoir une belle coulée de chocolat fondant. Le publicitaire nous avait expliqué qu’ils avaient utilisé de l’huile de vidange à la place du vrai chocolat, car c’était plus beau à l’image. J’avais adoré ce côté « bricolage rigolo », mêlé au coté très « business » de ce métier. C’était un mariage intéressant.

BB

Toutes les filles voulaient s’occuper des animaux, alors je disais que je voulais être chasseur ! Ou alors bandit : les bandits, ils avaient l’air plus malin que les autres ; pour moi, ils avaient une longueur d’avance… (sourire)

DM

Quel a été votre parcours après St Luc ? Avez-vous poursuivi des études ou bien travaillé immédiatement ?

OD

J’ai poursuivi mon apprentissage sur le tas : en faisant des stages en agence… J’ai commencé par 8 mois à Bruxelles, chez BBDO et TBWA. Puis on m’a proposé un vrai contrat chez Leo Burnett, enfin ! Le premier contrat, c’est quelque chose qu’on n’oublie pas… Ensuite, après 2 ans de travail, je suis parti à Paris parce que j’avais le sentiment que mon avenir était là-bas. J’ai été engagé chez CLM/BBDO, dans la cellule de Fred&Farid. Je suis resté là-bas 6 ans avant de partir rejoindre Olivier Altmann chez Publicis. Cela fait 11 ans que je suis à Paris, toujours avec le même AD…

BB

Ah ah ah, les études, j’en avais assez (rires) ! Je suis sorti il y a huit ans. À l’époque, c’est ma vie de couple qui a décidé de l’endroit où j’allais travailler. Nous étions installés à Lille et mon book n’intéressait pas grand monde dans le coin. Je savais par contre que je ne voulais pas entrer dans le système des studios, avec un boulot fixe à faire des mises en page sur Xpress toute la journée. Par ailleurs, je ne suis pas un bon commerçant, je ne sais pas me vendre – j’ai plutôt mauvais caractère (rires) !

Cette idée assez claire de ce que je ne voulais pas m’a finalement conduit à définir ce que je voulais. Comme étudiant, j’avais expérimenté la création de typos ; j’aimais ça alors j’ai décidé de me perfectionner. J’ai débuté avec quelques boulots en sous-traitance puis j’ai fait mon site internet, je me suis organisé pour travailler de manière plus indépendante. Je suis devenu plus exigeant. Je le suis d’ailleurs peut-être un peu trop, vis-à-vis des clients, vis-à-vis de mon boulot (sourires).

DM

Un événement, une rencontre en particulier ont-ils marqué vos débuts dans le métier ?

OD

Quand j’étais chez TBWA à Bruxelles, Erik Vervroegen y était encore DA. Ce mec a un charisme et une capacité de création et de travail incroyable. Il me fascinait et j’ai beaucoup appris de son amour du métier. Après un passage par des agences à l’étranger, il devenu directeur de création chez TBWA Paris en 2002. Son énergie, son professionnalisme ont secoué l’agence et tout le milieu publicitaire parisien. C’est marrant de voir un belge redorer le blason de la création publicitaire française !

BB

Il y a cinq ans, St Luc m’a offert ce que j’appellerais ma première vraie commande, c’est-à-dire un job qui correspond à ma vraie façon de travailler, qui m’offrait la liberté dont j’ai besoin et que je revendique. Ça m’a ouvert d’autres portes notamment parce que mon travail a été mis en valeur et relayé par le magazine « Etapes graphiques », très diffusé, très lu – aussi sur internet – et l’article qui m’y a été consacré a rebondi sur d’autres sites internet, d’autres blogs et dans d’autres revues de veille graphique.

Pour autant, ça n’a pas suffi pour avoir suffisamment de clients (intéressants). Alors, il y a quatre ans, j’ai rejoint une agence qui m’avait promis des boulots de haut niveau. Mais comme j’étais arrivé le dernier, je recevais toutes les commandes « merdiques ». J’y suis resté six mois. J’ai compris qu’en agence, on est obligé de faire « des trucs à la con » pour pouvoir espérer faire de temps à autre un beau projet. Mais, même si le salaire y est plus élevé que ce que je gagne actuellement, je préfère rester libre, libre de choisir ce qui me paraît intéressant et porteur pour moi.

DM

Selon vous, être créatif, est-ce un don ou bien le fait d’un apprentissage ? Par ailleurs, quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre métier ?

OD

Don ou apprentissage ? Un peu des deux, sans doute. Mais on peut s’en sortir sans avoir de don : moi par exemple je camoufle mon absence de talent sous des tonnes de travail ! Jusqu’ici les gens n’y ont vu que du feu (sourire) ! Non, sérieusement il faut vraiment travailler énormément pour s’en sortir en agence… Surtout au début… Quand j’étais stagiaire chez TBWA à Bruxelles, on se laissait enfermer la nuit dans l’agence avec mon Ad et on passait la nuit à réfléchir à des idées en buvant des bières : c’était fabuleux !

Et sinon sur l’apprentissage, il faut rendre hommage à St Luc, qui m’a vraiment ouvert les yeux sur plein de choses : la force de St Luc, pour moi, c’est « le bordel » créatif ambiant, c’est-à-dire l’émulation collective… Le fait d’être dans une école qui offre différentes formations, ça permet des échanges entre étudiants. On côtoyait des architectes, des designers… Tout ça m’a énormément nourri, même si je ne m’en suis rendu compte que bien après.

Après, l’apprentissage se fait en permanence, au quotidien : il faut regarder ce qui se fait dans le petit monde de la pub, mais aussi dans le monde de l’art, et dans le monde tout court : tous les matins, je passe en revue les journaux. On ne peut pas faire de la publicité si on ne se tient pas au courant de ce qui se passe dans le monde. Il faut être en connexion avec la société.

Et puis, un publicitaire doit être humble parce que son job, c’est d’être au service d’un message. Il est un expert en séduction, comme Cyrano qui, caché dans les buissons sous le balcon de Roxane, souffle à Christian les vers d’une déclaration d’amour que ce dernier répète à la belle. La belle, c’est la ménagère de moins de 50 ans. Christian c’est l’industriel qui veut séduire la ménagère pour lui vendre ses produits, mais qui ne sait pas comment faire. Et nous, les publicitaires, on est Cyrano : on trouve les mots que Christian va répéter à la belle pour la séduire…

Le pourcentage de temps passé à trouver des idées me va tout à fait : c’est à peu près 50% de mon temps. Par contre, ce qui m’a énormément surpris, et un peu déçu il faut le dire, c’est qu’à peine 1% des créations voit le jour ! C’est très frustrant et c’est une des raisons qui rendent ce métier difficile. On essaie souvent d’améliorer ce maigre pourcentage en faisant ce qu’on appelle du proactif : sans que le client ne l’ait demandé, on fait une belle campagne dans notre coin, sans trop de contraintes, on la produit aux frais de l’agence et on la propose au client. Souvent, si la campagne leur plait, ils acceptent de la diffuser une fois ou deux. Et l’on peut ensuite inscrire cette campagne dans les jurys publicitaires et recevoir des prix pour se rebooster le moral !

Mais bon, malgré tout, le nombre d’idées qui finissent à la poubelle est quand même effarant… Mais quand on vend enfin une idée à un client, ça n’en est que plus génial. Quand un client lit votre petit script sur une feuille A4 et qu’il y croit et qu’il fait un chèque de 2 millions d’euros pour réaliser un spot de 30 secondes à l’autre bout du monde, c’est fabuleux. Il y a 50% du temps passé à trouver des idées, et le reste du temps c’est faire des réunions pour préparer d’autres réunions, taper les scripts, répondre au mails ou aux interviews (rires)…

BB

Je ne sais pas si être créatif, ça s’apprend mais on peut s’aider, tricher un peu, d’une certaine manière. Évidemment, il n’est question de plagier, ce n’est pas ce que je veux dire. Avant, le regard sur le travail des autres, c’était tabou. Pourtant, je crois fermement que c’est le mélange d’admiration, d’envie, de jalousie éveillée par la qualité des créations d’autres qui nous fait avancer. Que veut dire le fameux verbe « s’inspirer » ? Je crois que ça signifie différentes actions successives : regarder de près ce que font les autres – ceux qui nous intéressent parce qu’ils avoisinent notre ligne de travail – ; digérer ce que nous avons perçu, se l’approprier puis avec sa propre personnalité, le faire ressortir sous d’autres formes. Dans ce processus, Internet a tout changé. Par exemple : il y a environ cinq ans, on critiquait la création française en disant qu’elle n’était pas assez dynamique ; depuis lors, elle est habitée par une nouvelle énergie parce il y a un plus grand brassage, y compris international. Il y a de plus en plus de graphistes, la production est bien plus éclatée qu’avant et du coup, les références sont moins considérées comme uniques comme c’était le cas dans les années 70, 80 ou 90.

Étant plus jeune, j’appréciais tout particulièrement le travail de Pierre di Sciullo, un typographe français, qui a notamment créé en 1995 une typo qui me fascinait : « le 3 par 3 », un caractère dessiné dans une grille de 3 carrés sur 3 = 9 carrés. Elle me fascinait surtout parce que j’avais justement imaginé une typo sur le même système. Je continue à suivre son travail à travers son site : http://www.quiresiste.com, mais aujourd’hui il m’influence nettement moins. Sinon, je suis abonné à Etapes graphiques depuis très longtemps et puis je surfe sur internet, à travers les blogs et les sites de ma famille graphique et, plus sporadiquement, sur des sites d’actualités picturales, architecturales, des sites d’art contemporain, etc. Je lis aussi, pour penser à autre chose, pour m’évader mais aussi pour me ré-énergiser dans de tout autres références, dans un autre langage.

Quant aux qualités requises pour ce métier, j’en vois plusieurs. La curiosité, évidemment.  Rester informé de ce qui se passe, c’est très important comme je l’ai évoqué juste avant. C’est aussi un métier terriblement basé sur la passion ; donc, il faut en avoir mais, bon, il faut reconnaître qu’on ne l’a pas toujours et que, même quand on est content de ce qu’on a fait, certains aléas viennent parfois émousser cette passion. Dès lors, il faut également du courage. Par exemple, j’ai créé une typo, que j’ai appelée la Pipo – il s’agit d’une typo type néon, tubulaire ; je l’ai nommée comme ça parce que tuyau en anglais se dit « pipe » et puis le pipo figure aussi dans l’expression « c’est du pipo », c’est un mensonge, c’est sinueux, ce qui correspond bien à la forme de ma typo. Aujourd’hui, je dois passer des heures et des heures à la corriger vectoriellement. Pour ça, pour ce travail de fourmi, il faut du courage.  Je vois mon travail comme celui d’un artisan : il y a l’aspect créatif mais il faut aussi passer par l’aspect laborieux. Ça pompe l’énergie ; donc, ensuite, il faut retrouver la flamme ! Parfois ça vient naturellement ; parfois, c’est plus difficile alors je m’autorise une journée de glande, je me requinque en faisant la fête avec des amis, etc.

DM

Nous n’avons pas encore parlé de vos conditions de travail, de votre salaire…

OD

Je gagne 7.500 euros brut par mois. C’est bien, mais il faut ça à Paris, car c’est une ville chère… Tout mon salaire part dans les remboursements de l’appartement, dans les petits pots pour bébé, dans les couches et le reste est dépensé dans des galeries d’art. Une vraie passion.

Sinon, pour les conditions de travail, on est plutôt bien chez Publicis. Il y a beaucoup de pression, mais il en faut pour ne pas s’endormir et rester dans le coup. Ce qui est génial aussi c’est qu’il y a énormément de créatifs et donc on discute souvent de nos travaux respectifs et c’est constructif… Et question horaires, j’arrive à l’agence à 09:00 et je suis rentré chez moi vers 20:00. J’essaie de rentrer avant que ma fille soit couchée, pour que je profite un peu d’elle !

BB

Oh, voilà une question très actuelle pour moi, à laquelle je dois bien dire que j’apporte des réponses très variables en fonction de mes humeurs ! Il y a deux ans, j’ai même pensé à changer de métier : je vivais avec le sentiment d’être dans une impasse. Il se fait que je suis affreusement têtu, ce qui peut s’avérer à la fois un grand défaut et une grande qualité. Je ne suis pas homme de compromis, je n’ai aucune envie de transiger avec mes exigences personnelles en matière de qualité de travail et, même si je peux en rire, me moquer parfois de moi – très difficile pour moi, l’autodérision, mais je me soigne (rires) ! –, c’est cette force qui fait que je suis encore présent dans ce métier. J’ai imaginé faire tout à fait autre chose parce que, justement, je ne transige pas mais même si je devenais jardinier (une des idées qui m’a traversé), je sais que, même là, je serais entier. Cela dit, je suis dans une vraie position de dilemme : nous avons deux enfants en bas âge, ma compagne et moi. Jusque là, cette dernière a été très complaisante à mon égard et à l’égard de mes revenus parfois faibles. Il faut dire que nous ne sommes pas des fous de la consommation ! Mais, même si elle me fait confiance, je dois trouver les moyens de concrétiser mes projets pour que la pratique de ce métier me rapporte plus d’argent. Je suis dans une progression lente parce que je ne réponds pas positivement à toutes les demandes, que j’envoie balader des clients potentiels, que je veux me garder du temps et de la liberté pour mener mes propres projets. C’est un choix qui conduit forcément à ce que ça décolle lentement, mais j’y crois malgré tout. Donc, pour conclure, je vois les prochaines années ou en noir ou en couleurs. Noir : je me casse la figure – couleurs : ça plane pour moi (rires) !

DM

Olivier, tu vis et travailles à Paris et toi, Benoit, tu vis et travailles depuis peu à Villeneuve d’Asq (près de Lille), après un passage de cinq ans à Tournai, passage qui suivait lui-même tes débuts à Lille. D’où êtes-vous originaires ? Et si vous choisissiez de vivre ailleurs, ce serait où ?

OD

Je suis originaire du Nord-Pas-de-Calais, plus précisément de Vimy, un petit village situé près de Lens. Je vis à Paris depuis environ dix ans et ça  été un changement radical ! Mais j’adore Paris… Et de toutes façons, pour travailler dans la pub, on n’a pas le choix, c’est une grande ville ou rien. Parmi les autres anciens de St Luc, certains sont à Londres ou encore à Dubaï. Beaucoup de ma génération sont à Paris. Si je devais vivre autre part, ce serait par exemple à Los Angeles, New York ou Londres… Mais peut-être que Publicis va ouvrir une agence prochainement à Vimy, qui sait ! …

BB

Je viens de Dunkerque – je ne suis donc pas trop dépaysé ici (sourire) ! Depuis que nous sommes en couple, j’ai suivi ma femme, elle est ma faiblesse (nouveau sourire)… Là, elle va probablement être nommée dans le sud de la France, à un poste avec davantage de responsabilités. Si c’est le cas, je la suivrai encore. Le soleil, c’est enviable, je ne fais pas faire mon difficile ! Et puis, avec internet, il n’y a plus aucun problème à travailler où on veut, même au fin fond de la campagne, isolé.

DM

La vie sans la création serait-elle supportable pour vous ?

OD

La création peut être partout, dans toutes les activités, tous les métiers : il y a aussi bien des profs que des plombiers créatifs ! Quel que soit le métier que j’exercerais autre que la pub, j’essaierais d’y être créatif…

BB

Bien sûr que non, absolument pas supportable ! J’ai toujours été une sorte de savant fou, dans tout ce que je fais. On ne change pas ces gens-là (rire) !

DM

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer dans vos métiers ou les métiers de la communication graphique en général ?

OD

D’y croire et de se donner à fond, que ce soit dans les études ou dans le métier lui-même. Ce ne sont pas nécessairement des choix faciles, surtout aujourd’hui. Ceux qui sortent des études risquent fort d’être obligés de faire des stages pendant un ou deux ans avant d’être engagés, puis de prester encore des cdd avant de décrocher un cdi. Le risque de tout ça étant que seuls les étudiants avec des parents assez riches pour leur payer des appartements à Paris pendant les 2 ans de stages puissent y arriver !

C’est dur mais là aussi, il faut apprendre à se surpasser et garder son objectif premier en ligne de mire. Pour moi, faire de la pub, c’était mon rêve de gamin, je ne pouvais pas laisser tomber. D’ailleurs, c’est ça le meilleur conseil à donner aux jeunes : qu’ils conservent leur âme de gamin, qu’ils s’amusent comme des gosses. La pub, c’est parfois difficile mais c’est surtout un jeu.

BB

Je dirais des banalités, il me semble, des généralités mais qui gardent toute la valeur et a fortiori dans la situation économique actuelle. Pour être et rester créatif, la condition sine qua non, c’est la passion – dans les études ou dans la vie professionnelle ou la vie tout court, c’est pareil. Puis, avant de se lancer, que ce soit dans les études ou dans le travail, de bien réfléchir à ses propres motivations, d’être sûr de soi, c’est-à-dire d’être sûr de ce qu’on veut – et de ce qu’on ne veut pas aussi – sinon c’est difficile de tenir le coup. Sauf évidemment à faire de l’alimentaire. Aucun métier n’est tout rose, comme le dit l’expression, celui de designer graphique pas plus qu’un autre ; par contre, ce dont je suis certain, c’est que tous les métiers n’offrent pas le même plaisir que celui d’être surpris, émerveillé et fier de ce qu’on a créé.

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